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04/02/2015

ET ELLES CROYAIENT EN JEAN-LUC GODARD - GERARD GUEGANT SUD-OUEST


Journaliste : Gérard Guégan

Mon Godard à moi.

N'aimerait-on pas Godard qu'on devrait quand même prendre grand plaisir à lire le roman de Chantal Pelletier précisément intitulé « Et elles croyaient en Jean-Luc Godard ». En plus d'être un témoignage à vif, et à cru, sur une génération se persuadant, à la sortie de l'adolescence, que le cinéma l'aiderait à vivre, c'est aussi le portrait ardemment romanesque d'une provinciale en quête d'un credo amoureux. Bref, c'est vif, drôle, émouvant Et concis. Tout commence en 1964, quand, dans un ciné-club, une gamine de 16 ans « assise à deux mètres de l'écran » se découvre une flagrante parenté avec l'actrice Jean Seberg, « garçon manque, fille réussie». Anne, puisque c'est son nom même si l'on a envie de l'appeler Chantal, vient de voir le premier film d'un certain Godard, «À bout de souffle». En dépit de son titre, évoquant davantage le requiem que le scherzo, Anne (elle ne sera pas la seule) trouvera dans la dérive mortelle de son héros, Jean-Paul Belmondo, une raison de s'inventer un destin infiniment plus tumultueux que celui promis par ses origines. En ce temps-là, d'autres lisaient Rimbaud ou Marx, elle, la Lyonnaise exaltée, fera de Godard non son maître à penser, mais son père nourricier. D'où ces lignes prémonitoires, et follement troublantes en cet hiver 2015 : «Temps aboli, morts ressuscites, le cinéma est son éternité à elle. Belmondo en Michel Poicard [« À bout de souffle »], Karina en Odile Monod [« Bande à part »] existent pour toujours. Immortels, ils feront les mêmes gestes dansés quand Anne aura soixante, quatre-vingts ans, et même quand elle sera morte. »
Tout le roman est de la même eau. Le rêve se coule dans le réel, le temps qui passe desserre son emprise au rythme des mots, des phrases, des aveux et des rages que Chantal Pelletier emprunte à Godard. Ce n'est pas « Adieu au langage », c'est « Bonjour, folle jeunesse ». Remarquable.
«Et elles croyaient en Jean-Luc Godard »,
de Chantal Pelletier, éd. Joëlle Losfeld, 150 p., 17 €.

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